Kayleigh Segaert

Interview: L'évolution du prix dans le marché de poisson plat

Nous avons questionné Andrei Kouznetsov, notre directeur achat et spécialiste d’approvisionnement poisson et produits de la mer sur la tendance récente dans l’approvisionnement du poisson blanc.

Reporter: Nous constatons depuis le début de cette année des augmentations fortes et un approvisionnement difficile de différentes espèces de poisson blanc. Qu’est-ce qui se passe aujourd’hui dans l’appro du poisson blanc ?

A.K.: Nous voyons cette année une augmentation forte des matières premières pour un grand nombre d’espèces de poisson blanc. Cela nous mènerait trop loin pour regarder toutes les espèces en détail et le poisson blanc est bien sûr une catégorie très large, qu’on pourrait diviser selon les diverses origines et caractéristiques : l’Atlantique Nord-Est, le Pacifique, la différence entre aquaculture et pêche, … mais il est certain qu’il y a un marché mondial qui détermine le marché et le prix. Tout comme dans un système de vases communicants, une hausse de prix pour un produit peut entraîner un glissement de la demande vers un autre produit plus ou moins similaire et meilleur marché.

Pour l’année 2018, nous nous étions attendus à une pression certaine, comme 2 des poissons les plus importants, le colin d’Alaska et le cabillaud, les 2 espèces avec de loin le plus grand volume de pêche, étaient confrontés à une baisse des quotas. En général, nous remarquons depuis des années une augmentation de la demande par une population en croissance et par l’émergence des jeunes économies dynamiques comme les pays BRIC (Brasil, Russie, Inde, Chine), qui se manifestent de plus en plus dans la bataille des volumes disponibles. Ce que nous n’avions pas venu venir, est la demande soudaine de la Chine pour le pangasius Vietnamien, la Chine qui prend maintenant une part considérable des volumes à des conditions avantageuses pour les aquaculteurs.

Reporter: Pour le colin d’Alaska et le cabillaud, nous devons donc bien nous attendre à des hausses de prix ?

A.K.: En effet. L’évolution du prix du cabillaud est même explosive. D’une part, nous pouvons parler d’une surchauffe du marché et d’autre part, nous n’avons pas encore atteint les niveaux historiquement les plus élevés. Le niveau actuel n’est pas extraordinaire et il reste donc certainement une marge pour une hausse additionnelle. Pour le colin d’Alaska, la situation est identique, mais pour cette espèce, la valeur d’échange monétaire est importante : un dollar fort ou faible peut annuler une hausse de prix ou la renforcer énormément. Et nous ne sommes pas aidés cette année par l’évolution du dollar à la baisse.

Verse kabeljauw

Reporter: Qu’est-ce que nous faisons dans une situation pareille pour maitriser les hausses de prix?

A.K.: Dans les périodes turbulentes, l’information et la vision à long terme sont des notions essentielles. Grâce à un réseau de relations de long terme et des partenaires qualitatives, nous sommes informés en premier instant, ce qui nous permet d’anticiper et de gérer ensemble avec nos producteurs-fournisseurs la situation au mieux. Notre stratégie d’achat est entièrement basée sur une approche à plus long terme avec des partenaires reliables qui sont capables de nous assurer l’approvisionnement nécessaire et de gérer les fluctuations dans le marché aussi bien que possible. A terme, nous ne pouvons pas échapper aux tendances à la hausse et au prix du marché, mais une bonne gestion de l’approvisionnement en rapport avec la disponibilité nous permet d’exclure des surprises.

Reporter: Quels sont tes prévisions pour 2019 et des années après ?​

A.K.: Je n’ai pas de boule de cristal. Nous savons que la disponibilité ne va pas augmenter : les pêches et les quotas ne verront pas des hausses et l’aquaculture n’arrive pas à augmenter ses volumes au rythme de la croissance de la demande. Le poisson est une nourriture très saine et cette valeur se traduit dans une demande très forte.  

Pour le reste, c’est de l’inconnu et de l’imprévisible : sur quel niveau de prix est-ce que la demande du cabillaud va se relâcher et est-ce que les producteurs de produits dérivés vont passer à d’autres espèces ? Comment la demande de nouvelles économies émergentes va-t-elle évoluer ?  Quel sera le succès des différentes aquacultures ? Nous avons le phénomène du « réchauffement global » et du « changement climatologique » qui bouleversent tant de certitudes traditionnelles ? D’année en année, nous sommes confrontés à des pêches perturbées, des espèces disparues ou déplacées, des retards de croissance, de nouveaux défis dans l’aquaculture, … A part ces éléments propres à notre industrie, tout le monde se mettra d’accord que la prédiction de l’évolution du dollar est une chose impossible. Et nous ne parlons pas non plus des tendances macro-économiques comme le risque actuel d’une guerre commerciale.

Dans cette optique, il faut reconnaître que la question de fixer les prix sur plusieurs années est vraiment impossible !